Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de laurentfly

parapentiste Breton, je partage mes vols tout partout

carton rouge

Publié le 9 Janvier 2017 par laurentfly

J'ai longtemps hésité de rédiger au sujet de mon accident du 19 décembre. mais l'écrit est pour moi un moyen d'expression qui me permet d'extérioriser mon ressenti, me reconstruire.

Je ne veux pas apparaître égocentrique car ce texte reste assez factuel et ne laisse pas beaucoup de place à mon amour-propre. Je ne veux pas non plus donner de leçon, pareil, je n'en ai à donner à personne.

Seulement évacuer, matérialiser, pour avancer et passer à autre chose. 

Parfois un ton qui pourra paraître léger sera peut-être une formulation qui cache certaines angoisses. Mais le second degré ne peut pas tout exprimer.    

 

Avant d'en arriver là

Nous sommes en décembre, les vols se font plus rares et on fait des sessions entre le passage des perturbations. En cette période je sors ma vieille Envy que j'appelle mon 4x4 car elle ne craint plus trop. Encore quelques vols avant je faisais du gonflage et d'autres manoeuvres au déco. Elle gonfle encore très bien et a encore de très bonne réaction dans ses basses vitesses. Je ne mets pas en doute son calage et je vole assez en confiance dessous malgré ses 360h/400h. 

Ce lundi 19 décembre le ciel est gris, on va voler avant qu'il ne se met à pleuvoir. Je décolle une première fois depuis le déco N du Roselier, je pars me balader aux  Tablettes où les conditions sont saines malgré le travers NE que j'ai rencontré au déco. je suis rejoins par Erwan quand je sens des gouttes de pluie. Erwan ne ressent rien mais plus je me rapproche de la pointe plus je sens ces gouttes. Je suis content de poser et une fois l'aile en boule, les gouttes cessent. L'air est humide mais l'herbe n'est pas mouillée. Signe que ce n'est pas bien mouillé, Stéphane décolle devant moi avec sa Base toute récente. 

J'observe son décollage, il est nickel et quand j'enchaîne derrière lui je me rend compte que le vent est devenu encore plus travers droit NE. Quand je croise Stéphane je le félicite pour son décollage parfaitement maîtrisé dans ces conditions mais il aura compris le contraire, dommage !

Je vois bien le front de pluie qui avance sur la mer en provenance de la façade Val André/Morieux et comme le vent est travers droit plutôt faible je préfère rester sur site, donc je joue devant le four à boulet. Je me fais une séance wagga léger car ce site à la particularité d'avoir en son milieu un petit belvédère qui m'empêche de trop jouer avec le relief. En fait, j'additionne des séries de 2 ou 3 wings pas trop appuyés. Je m'était bien rassasié les jours précédents au déco Sud.

10/15 minutes plus tard je viens poser derrière le four à boulet et effectivement, le vent a bien pris du travers, je suis sur le bon déco/atterro. Je scrute de nouveau l'horizon, je jauge la vitesse du vent, j'ai un petit 20/25 Km/h il reste une fenêtre, je vais redécoller.

Un banal Virage à la pente et black-out

Je redécolle du four à boulet, je ne sais pas trop quoi faire car je n'ai plus envie de waggater. De plus ça ne monte pas beaucoup, je peine à prendre 30m en faisant des 8 soaring entre le belvédère et les sapins. Je profite un max de l'ascendance en faisant un bord face-vent. J'ai 20m ? 30m ? En faisant ce bord face-vent je me mets en tête de faire un virage à la pente histoire de retrouver la sensation de vitesse/ressource.

Mais je vois bien que les conditions ne me permettent pas de faire un passage sur la tranche, j'abandonne cette idée. Non, ce sera plutôt un long virage à la pente, comme une simple visite. 

Un coup d'oeil négligent pour m'assurer de la hauteur, sans penser aux sapins. Je manque de concentration, je manque de vigilance et cette manoeuvre n'a rien d'engagé...

Commande à gauche, léger poids à gauche, commande à droite, un peu plus de poids et je reste sur la commande en enfonçant un peu plus mais sans engager. Je suis long à me trouver vent-arrière et je me retrouve plus vite que prévu à aborder le relief. Je passe au dessus du belvédère et je prends seulement en compte les sapins.

C'est déjà tard, il va falloir prendre rapidement une décision:

- Ne pas enfoncer la commande, je n'ai pas assez de gaz pour fermer le virage et l'intention de départ n'est pas là, je ne veux pas "engager"

- Comme je n'ai presque rien comme ressource j'ai l'option de stopper la manoeuvre, continuer vent de cul et poser tout schuss derrière les sapins. ça aurai été une option  acceptable vu que c'est de la terre assez meuble mais j'abandonne cette option car je bloque sur l'idée de me remettre face-vent et je n'en aurai pas la place. 

- Reste l'option passer devant les sapins. ça va peut-être fouetter mais c'est envisageable. Ma décision est prise, j'essaye !  Donc, j' appuie un peu plus sur la commande à droite je me penche un peu plus dans la sellette mais ça ne ressource pas comme escompté. A 15/20m du sapin je suis encore en prise de vitesse et visiblement ça ne passera pas. Décision de merde !

 

 

Impact puis Black-out

Putain ! C'est trop con !. J'ai le temps de penser que je ne vais pas m'en sortir, le choc va être violent. 20/25 Km/ de vent + 35 Km/h de vitesse parapente + l'effet centrifuge... je vais impacter autour de 60 Km/h. J'ai encore le temps de réaliser que mes jambes ne subissent pas l'impact, donc ça va frapper plus haut: Bassin ? Tête ?... Black Out !!!  

Rebootage

Putain ! je suis toujours là ! Je perçois de l'agitation autour de moi et rapidement les branches bougent. C'est Alain qui monte dans l'arbre. J'entends sa voix qui m'explique où je suis. C'est confus, Il me questionne pour voir mes réactions, date, lieu j'ai du mal à me concentrer mais je comprends les questions. Alain m'a expliqué plus tard que je me faisais mon propre check en me demandant si j'avais un travail et c'est au bout de plusieurs interrogations que je  me réponds à moi même: "Non ! je ne travaille pas ! "

La conscience revient accompagnée des douleurs. Il n'est pas question de checker les jambes, la douleur est très forte dans la partie abdominale. Par contre, à part les lunettes de travers le haut ça semble correct.

Je suis entouré et c'est rassurant. Dans les collègues parapentistes il y a un médecin et un pompier qui coachent en attendant les secours.

Les douleurs s'accentuent, je commence à râler. Certains y retrouveront le Laurent des mauvais jours. Bin, oui ! Couché sur une branche, la tête vers le bas en me tenant avec une laisse de chien pour éviter de trop bouger un bas du dos complètement tordu de douleur... Je n'en mène pas large.

     

 

carton rouge

évacuation, déchoquage et immobilisation

Sans rentrer dans les détails, la prise en charge par les secours se passe plutôt bien, je les en remercie. Dans le véhicule un nouveau check est fait et je sens mes pieds ! Waow ! C'est bon !!!

Au déchoquage les inquiétudes sont ailleurs. Je ne me souviens pas de tout mais ils recherchent les possibles fractures autour du bassin, les hémorragies internes et surtout l'état des reins les inquiètent. Dans mon état second je me vois déjà perdre un rein, ou encore galérer en convalescence pendant des mois, mais déjà le fauteuil roulant semble écarté.

Stabilisation

En début de nuit on m'indique que je sors des urgences pour monter dans un service de traumatologie et les bonnes nouvelles s'enchaînent. Fractures des apophyses gauches L1 à L4 détectées mais la colonne n'est pas touchée, les reins seront sauvés mais ils ont bien pris et des épanchements péri-rénaux nécessite une immobilisation en attendant un contrôle qui se fera 5 jours plus tard. Dés le lendemain à l'occasion d'une erreur de communication les aide- soignantes m'on mis debout et ce moment m'a donné un espoir énorme. Par contre je ne me lèverai plus de mon lit durant 5 jours. je passerai Noël sur un lit d'hôpital mais déjà le 23 décembre je faisais mes premiers pas dans la chambre. 

   

Récupération en mode warrior

Une semaine après, jour pour jour, heure pour heure je sors de l'hôpital. La récupération est rapide et je constate des améliorations au jour le jour.  

3 semaines après mon accident il me reste des douleurs musculaires et mes lombaires sont encore très sensibles mais ne me font pas mal par elle même. 

je n'aurai aucun séquelles et je mesure la chance que j'ai au vu de l'impact.

Merci le corps, merci le destin ou qui veut. C'est un peu ma troisième vie qui commence. 

épilogue 

Un accident est rarement le fait d'un seul facteur mais là une fois de plus la cause principale c'est le pilote. L'aile et les conditions n'étaient pas hors limite loin de là.

Pour être assez honnête on dit souvent que lorsque l'on vole il faut être bien disposé dans sa tête, pas de fatigue, pas de stress... Moi je ne m'en suis rendu compte que quelques temps après mais je n'avais pas la tête 100%  à ce que je faisais, je n'étais pas entièrement dispo mentalement. Voler pour oublier ce n'est pas une bonne option. Après + de 1200h de vol je me suis vu dans des situations bien plus engagées et y réagir instantanément, alors que là, la bonne décision était d'accepter de poser cul et c'était marre !

donc ne pas négliger cette disposition mentale  

Commenter cet article

Steve 10/01/2017 11:17

Salut Lolo,

sale histoire mais qui termine bien, heureusement. Je n'ai pas autant de nombre d'heures de vol que toi, c'est certain mais mon coté "oiseau' un peu dans les nuages m'a déjà fait connaitre ce genre de situation, sans arriver à un black out.
Ton témoignage est une mine d'or pour tous les pilotes et il me rappelle justement un situation, il y a quelques années à la Guimorais.
Il y avait un peu trop d'ailes en l'air, et avec ma GTR un poil plus rapide que les autres ça devenait ingérable. Je me suis donc mis en retrait plus devant, vers la plage, la où le rendement était présent. Quelques wings pour le plaisirs, puis, comme souvent cette envie de foncer vers le bas. Je prend un peu de gaz, pas assez, puis j'engage un 3-6. A 2m du sol je ne suis pas encore sorti mon vent arrière, j'engage un peu plus, limite limite, la plume touche mais moi aussi, de coté et pleine bourre. Ca surprend quand même, Je neutralise la voile, je reste à moitié allongé après le choc, et la je regarde la mer, pendant 1, 2 puis bien 10mn le temps de réfléchir à ma connerie...
Je crois que c'est ce qui m'a donné envie de faire un SIV peu de temps après, qui a d'ailleurs réveillé un autre pilote en moi, plus serein mais aussi plus sécuritaire, avec à l'esprit qu'un bon pilote, avancé ou débutant, c'est d'abord un pilote responsable et vivant...
Au plaisir Laurent, je cherche une voile pas cher d'ailleurs si jamais tu as ça autour de chez toi ? Et pas trop mou si possible... ;)